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23 novembre 2006
UN SPECTACLE A VOIR A TOUT PRIX
Accompagné de Sabaa Bouba, de Stanley Tyebo et d'Alain Darrieux à la mise en scène, l'auteur Ibrahim Barwane revient sur les planches avec "Pauvres Comores", où il présente, sous l'angle tragi-comique, le psychodrame comorien de la naissance de l'archipel à nos jours.
Malgré toutes les ordonnances prescrites, Monsieur Comores n'a pu être soigné par aucun médecin. Il se présente aujourd'hui au cabinet du Docteur La France et lui explique que ses quatre enfants (Grande Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte) l'ont "décomorianisé", avant de se lancer dans une démonstration critique contre les "vrais responsables de sa maladie"...
C'est biensûr la problématique du sous-développement dans les pays du Sud qui est ici posée. S'il avoue utiliser l'humour "pour ne pas choquer", l'auteur n'en oublie pas moins la visée pédagogique de son "travail de vulgarisation". Rien de tel en effet que le rire pour éveiller les consciences, lutter contre la "comorosité" et "pour que l'inacceptable ne soit plus accepté".
Durée de la pièce : 1h15 ![]()
Pour les curieux, deux interviews : ici et là !
Prochaines représentations
- Le 24 novembre à l'Espace des Habitants à 20h : avenue de la République, 78130 Les Mureaux
- 01 34 74 17 82 ; 8€
Pour les gourmands (et tous les autres) : entrée à partir de 19h avec un repas "exotique" (couscous, yassa, sambos...)
- Les 3 et 10 décembre au Théâtre des Deux Rêves à 15h : 5 passage de Thionville, 75019 Paris
(métro Crimée ou Laumière) - 01 42 39 89 95
- Le 9 décembre Salle Heidenheim à 21h30 : rue Médéric, Place du marché du centre (face à la mairie),
92110 Clichy ; 15€
Dans le cadre d'une grande soirée organisée par "Les amis de Comores" de 20h à l'aube , avec :
A 20h : la projection du film de Patrik Watkins "KWASSA KWASSA CREUSE"
A 21h30 : la représentation de PAUVRES COMORES d'Ibrahim Barwane
A 23h : la participation d'un groupe de femmes comoriennes
De minuit à l'aube : une SOIREE DANSANTE animée par DJ SAINDOU
A venir... La représentation de sa toute dernière pièce : "Pauvre Afrique".
Nous vous attendons nombreux. N'hésitez pas à faire passer le message !
Carole Rufo
Chargée de la communication
06 80 21 36 64
ibarwane@gmail.com
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20 novembre 2006
Et si on repensait la société !
Entretien avec M'SA ALI Djamal, sociologue, auteur en 2004 d’un premier livre intitulé La dynamique de l'Histoire aux éditions Les Belles Pages. Il est le rédacteur en chef du journal Kweli Le Magazine des Comores, et responsable de l'Association de La Lune. A l’occasion de la sortie de son livre, Luttes de pouvoir aux Comores, édité chez les éditions de la lune, prévue le 25 Novembre 2006, il a accepté de répondre à nos questions.
« Pour pouvoir défaire ce que le monde social a fait suppose une action collective capable de politiser, à titre d’exemple, l’échec scolaire, la prostitution, le chômage. »
On sait que la sociologie est une science qui dérange, dans ce sens qu’elle dévoile ce qui est caché, notamment lorsqu’il s’agit, par exemple, dans votre livre, de porter à nu des mécanismes ou des pratiques qui contredisent trop ouvertement le credo intellectuel, n’avez-vous pas peur d’être taxé de mener un travail de dénonciation au lieu de vous contenter d’enregistrer et de ratifier des apparences ?
L’une des choses qu’on ne pardonne pas à la sociologie, comme aux praticiens de sciences sociales, c’est qu’elle soumet à l’examen toutes les autres sciences, elle dévoile ce qui est voilé, tout ce qui fonctionne sur le mode de « cela va de soi. » Particulièrement dérangeante et agressive qu’elle constitue ses objets d’étude dans des terrains brûlants, mouvants, vivants dotés d’enjeux de luttes, de domination méconnue comme telle donc reconnue par ceux qui en sont victimes. La sociologie et son travail de dévoilement rencontrent beaucoup de résistance de ceux qui ont intérêt à ce que le monde social ne soit découvert, et qui lancent parfois des anathèmes au travail sociologique et qualifient de dénonciation tout exercice d’énonciation ou bien considèrent une analyse de l’idéologie comme une idéologie.
Mais la sociologie ne rencontre pas cette résistance uniquement dans des lieux communs de domination à fort capital économique ou politique, elle la trouve dans le monde intellectuel, donc dans son propre champ dans lequel les professionnels, les producteurs du discours sur le monde social considèrent leur engagement comme une action libre, de pur désintéressement, ce qui permet à beaucoup d’intellectuels de vivre leurs malaises de leurs contradictions. Quand le praticien des sciences sociales vient restituer dans leur engagement, à leur adhésion, par exemple au champ coutumier, ou tout simplement dans leur prise de position, un intérêt spécifique, l’on voit de partout crier à l’impérialisme sociologique, à l’arrogance de « l’analyste-roi. » Ceci est beaucoup plus vrai que quand on touche des lieux hautement protégés dont la clé est réservée aux seuls initiés. La violence qui surgit quand on détaille au plus près les structures de l’espace, des choses d’apparence moins importantes mais tellement infimes qu’elles révèlent la vérité de leurs pratiques, témoigne que tout travail sociologique constitue une menace contre des intérêts de certaines catégories, et en cela elle dérange parce qu’elle dit ce que les gens n’ont pas envie qu’on dise « le dire vrai », selon l’expression de Foucault, sur le monde social. Allez dire par exemple, qu’il y a une corrélation probable entre l’échec scolaire et l’adhésion au champ coutumier dans des familles comoriennes fortement coutumisées en France, ou une corrélation entre la délégation du pouvoir et la dépossession des masses, vous allez voir, la réaction ne saurait attendre ….
Pensez-vous, aujourd’hui, avec toutes les luttes de pouvoir que connaît le pays, entre ceux que vous nommez notables politiques, notables traditionnels et politiques professionnels, que la sociologie peut-elle être nécessaire, pour mieux cerner le caractère contraignant des faits sociaux et mettre à jour comment l’individu (vous utilisez le terme bourdieusien d’agent) pouvait se créer des espaces de liberté envers ces contraintes ?
Le monde politique fonctionne tel que pour avoir quelques chances de se faire entendre, surtout quand on est de fractions dominées, ou quand on veut manifester son individualité dans l’action politique ou militante, on doit céder une partie de sa propre liberté à un parti, à un appareil pour tirer sa force. C'est-à-dire qu’un individu, ou un groupe d’individus alors faiblement pourvu d’instruments de lutte qui se trouve en rapport de force avec une catégorie politiquement dominante, et qui se veut, pour parler comme Pierre Bourdieu « échapper à l’aliénation politique doit risquer l’aliénation politique » en se dépossédant d’une partie de son pouvoir au profit d’un groupe représenté par un porte parole qui dépossède lui-même le groupe.
Cette délégation, acte par lequel une personne donne son pouvoir à une autre personne pour parler à sa place, agir à sa place, à signer à sa place, pour défendre ses intérêts, pour sortir, comme disait Sartre, de l’existence sérielle à une existence collective dotée d’une force agissante, il n’est d’autre voie que de passer par des délégués. Mais ce transfert de pouvoir d’un mandant à un mandataire arrive dans une phase que celui-ci s’autoconsacre en transformant l’acte de délégation en chèque en blanc, à agir à l’insu des mandants. De là s’opère une coupure entre les mandants et les mandataires non pas simplement dans leur discours, mais aussi dans leur manière d’être, leur style de vie, leur héxis corporel, leur rapport au langage, tous ces faits et gestes qui constituent l’identité et la représentation du groupe. La renotabilisation des notables professionnalisés qui a été à l’origine de la désobjectivation de leur groupe ou la distanciation des politiques professionnels (Azali et son équipe) avec les classes populaires en est un exemple éclairant quant à la délégation absolue des délégués.
Ainsi, pour qu’il y ait un espace possible des libertés de la part des individus qui délèguent, il faudrait qu’il y ait un contrôle des délégués que les citoyens agissent à côté de délégué et parfois même contre eux, mais ce travail nécessite que le citoyen s’approprie les instruments de connaissance que peuvent l’offrir les sciences sociales pour être mieux armé dans cet univers armé.
Êtes-vous sceptique ou confiant sur la possibilité réelle de parvenir à une transformation de la société comorienne par une meilleure connaissance des mécanismes qui la régissent ?
Vous savez, je pense qu’une des conditions d’une libération, ou de transformation de la société pour plus de moins d’injustices, d’inégalités sociales, passe par la libération cognitive, et donc par la connaissance des mécanismes et des conditions de productions cultuelles, de savoir ce qu’il en est de la culture, de la coutume, de la religion et de la politique. Cette libération cognitive est au principe d’un possible déplacement de la conscience en soi à une conscience pour soi. Mais il ne suffit pas que les classes dominées, les catégories défavorisées, notamment, les paysans, les femmes, les ouvriers prennent conscience de leur propre malheur, de leur identité pour passer à la lutte – à une conscience pour soi- donc de construire un discours de conflit, de revendication. Cela demande qu’elles soient armées de savoir, parce qu’il ne suffit pas que les agents sociaux prennent conscience de leur cause qu’ils peuvent se mobiliser. Pour pouvoir défaire ce que le monde social a fait suppose une action collective capable de politiser, à titre d’exemple, l’échec scolaire, la prostitution, le chômage. Et l’efficacité de cette révolution ne passe pas uniquement par la parole prononcée, puisse-t-elle être savante, elle trouve sa force par la proximité des professionnels de la parole et les représentés, à travers les mêmes fréquentations, les mêmes styles de vie, le mode vestimentaire, de ce fait, par la construction d’un discours de luttes et des pratiques fondés sur et dans une communauté d’habitus. Cela étant, dévoiler les mécanismes et les rapports de force, en est un, pour la transformation de la société, agir en collectif, en fondant des associations de consommation, des syndicats au sein de chaque entreprise privée et publique en est deux, mais à condition seulement qu’on limite le pouvoir de la délégation par le contrôle des délégués.
Pour en venir à vos thèses sur les politiques, les notables et intellectuels, voyez-vous dans leurs luttes incessantes pour le pouvoir, une forme de résistance aux développements des Comores ?
Les luttes en tant que telles ne posent pas en elles-mêmes problème parce que lorsqu’il y a luttes, il y a de l’espoir, quand il y a de l’espoir, on créera l’histoire. Par contre, ce qui est problématique, c’est la façon et les moyens par lesquels on lutte, faut-il se demander au nom de quoi on lutte et pourquoi on lutte …
Il y a deux manières de faire entendre sa voix : le modèle cynique et le modèle clinique. Le premier est très dangereux parce qu’il déconstruit les règles tacites de concurrence, de militantisme et d’action politique, par là enfreint le progrès humain. C’est pour cela qu’il y a urgence d’imposer les façons de mener un combat, de trouver sa place dans la société par un dialogue réglé, que tous les coups ne soient pas permis. Si on arrive à faire en sorte que celui qui fait l’économie du travail argumentaire en mobilisant la rumeur, le mensonge, les ragots pourrait lui être suicidaire, on fera autant pour le développement du pays. Encore faut-il que dans cette lutte les dominants n’écrasent pas les dominés. C’est le pari à relever pour l’avenir de notre pays dans lequel il est difficile de voir deux adversaires travailler ensemble sans se jouer des coups parfois les plus cyniques
Pouvez-vous être optimiste lorsque vous regardez les événements politiques comoriens actuels ?
C’est très difficile en ce moment parce que, la situation actuelle me paraît intelligible, illisible. On croyait qu’avec l’arrivée de jeunes technocrates, que j’appelle politiques professionnels, une autre façon de faire de la politique allait être inaugurée. Si les professionnels se caractérisent par leurs propriétés culturelles, leurs compétences techniques, on a l’impression qu’ils ne s’en servent pas beaucoup ou ne veulent pas s’en servir. A ma connaissance, beaucoup des rapports sur l’inégalité des chances, sur les inégalités sociales et scolaires, sur la trappe au chômage, sur la délinquance, sur la gestion et l’autorité de l’Etat sont à refaire. L’Etat est faible beaucoup plus qu’il n’a jamais été pendant les régimes précédents, il est quasiment absent en Anjouan en terme de souveraineté, et défaillant partout en terme de service public. Du coup, les citoyens ont du mal à s’identifier à la communauté politique de l’ensemble comorien. Et ce sentiment d’indentification qui est au principe de la défaillance de l‘Etat à accomplir sa mission semble s’éroder. La confiance des citoyens à l’égard de l’Etat est en panne parce que l’Etat ne fait rien pour imposer son autorité. Et comment pouvait-il gagner la confiance de la population alors que les fonctionnaires, symbole et image de l’Etat, notamment les gendarmes, les instituteurs, portent des tenues sans convenance, les institutions sont délabrées et les inégalités s’accentuent ?
Dans les villages, le citoyen de base voit gérer sa communauté locale par des notables et des liens personnels se nouent et ouvrent la voie à la corruption. Un ami journaliste m’a confié qu’un conflit entre le président actuel et le vice-président sur le mode de nomination ou d’affectation, fait rage au sein de l’Union. Ce sont des problèmes peut être minimes mais inquiétants pour une société en quête de démocratie. Comment ne pas s’indigner quand on voit, et même à l’université, des personnes licenciées non par incompétence spécifique liée à leur poste mais parce qu’ils n’ont pas des liens d’affinité avec les autorités…C’est très inquiétant
Propos recueillis par LirExpress.
14:05 Publié dans ENTRETIENS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 novembre 2006
ARTISTES COMORIENS, AVEZ-VOUS UNE ÂME POLITIQUE?
ACTE II
Les temps où l’œuvre d’art pouvait, dans son contenu même, se référer directement à une cause ou à un parti sont révolus. Aujourd’hui, par exemple, les pièces didactiques de Brecht sont lues (plutôt que jouées, d’ailleurs) comme des exercices de style et non comme des mots d’ordre politiques. À supposer qu’elles intéressent encore, elles valent par leur forme et non par leur message. Il est d’ailleurs significatif que Brecht, grand poète et grand metteur en scène, avoue dans son Journal de travail que faire du théâtre l’intéresse plus que se prononcer sur la marche du monde ou de son pays. Et il est tout aussi significatif que l’efficacité des œuvres d’art dans la modification de la conscience, puis de l’action des citoyens, ne puisse être mesurée. Cette efficacité est certainement proche de zéro – sauf à s’adresser à des convaincus, ce qui est une autre manière d’être inefficace. Il ne faut pas oublier que la consommation de l’art, si sincère qu’elle puisse être, remplit aussi une fonction cathartique qui atténue l’urgence d’une action.
Si l’on s’en tient au propos sartrien – et beaucoup d’artistes déclinant leur citoyenneté formulent une argumentation qui y ressemble –, on en conclura que l’art est engagé et politique, certes. Mais il sera difficile de trouver quelque chose qui ne le soit pas !
TO BE CONTINUED
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