18 octobre 2006
Un petit extrait pour Iliki
Mze Mlamali Mapessa, grand notable cinq étoiles, avait aussi entendu les zifafa depuis une chambre dans laquelle il s’acquittait de ses prières matinales. C’était un homme teigneux, à la verve ténébreuse, et d’une bouffissure désolante à cause de la viande de tortue qu’il mangeait pendant chaque week-end. Il ne dormait jamais sans son kandu* de Tranganyika* qui laissait apparaître son embonpoint inassouvi. Quand il vit sa femme devant la fenêtre encore ingambe et sans caguer, il ne put s’empêcher de lui confier :
« Ils nous ont volé notre fête, n’est-ce pas ? »
- Ils n’auront pas nos bienfaits, ils auront un mariage médiocre, et tant pis pour le neveu.
Le notable cinq étoiles approuva de la tête les dires de sa femme. Mais en réalité, il se sentait très heureux d’avoir économisé une partie de sa richesse qui était réservé au neveu de sa femme si celui-ci avait daigné accepter l’offre de sa tante de le marier à la fille d’un notable cinq étoiles. La maladie de sa femme couvrait ses nombreuses absences dans les diverses manifestations nuptiales auxquelles un homme de son rang se devait d’y honorer. Il prit Maliza dans ses bras, l’embrassa sur le front et lui chuchota :
- Un prétendant s’est présenté à moi et m’a demandé la main de notre Hawa.
- Depuis quand acceptes-tu les bâtards dans notre maison ?
- Le fils de Mze Wali Wa Siyasa n’est pas un bâtard…
- Mze Wali Wa Siyasa est un notable deux étoiles. Trouve mieux pour ma fille unique sinon rien.
La Béït-el-mahaba* jouxtait le Pakebo*, un grand bâtiment inachevé dont le propriétaire, un septuagénaire, retraité d’une compagnie maritime française, avait abandonné au profit de visiteurs inopinés, en choisissant de mourir en Métropole. Attirés par les chants des banatis, les squatters du Pakebo, alléchés par les parfums de poulets grillés et autres mets succulents, étaient sortis sur la grande véranda qui donnait sur le grand jardin de la Béït-el-mahaba et reprenaient dans une cacophonie sarcastique le refrain des chansons andanesques. Un d’eux, d’une voix amicale, demanda à une passante, la raison de toutes ces explosions de joies et elle leur confirma leurs pensées. Les Mlamali avait trouvé un preneur pour leur fille. C’était-là les préparatifs pour une grande fête à l’occasion des fiançailles de leur unique fille.
« Mais quel âge a-t-elle, la fille de Mlamali Mapessa, demanda un squatter ?
- Le même âge que ta sœur, répondit un autre squatter.
- Mais quel âge a ma sœur, rétorqua le premier squatter avant de s’engouffrer à l’intérieur du Pakebo ? »
Le Pakebo, une merveille de construction nouvelle, avait été l’orgueil du village. Objet de curiosité, les habitants des localités environnantes se déplaçaient pour contempler ce que l’époque considérait déjà comme miracle. Une maison en forme de bateau que les curieux baptisèrent Pakebo. A présent, elle tombait en ruine et ressemblait à un grand cimetière couvert à cause des chambres resserrées et vides et de l’atmosphère lugubre qui y régnait. Il y avait une dizaine de chambres, elles se ressemblaient toutes, et un grand salon qui pouvait abriter une centaine d’invités. Le sol du salon, de marbre en damier, avait été dénudé par les rôdeurs et seule une portière avait résisté aux pilleurs. C’était celle de la grande cour. Elle avait survécu aux vandales parce que ces derniers ne pouvaient pas l’enlever. Un énorme portail en métal importé de Marseille. Les pièces épargnées par l’usure du temps avaient gardé leur fraîcheur malgré les nombreuses années qu’elles étaient restées inhabitées. Pourquoi le navigateur avait-il fait construire une gigantesque maison de dix chambres, lui qui n’avait ni femme ni enfants ? En période de fêtes au village, ces lieux funèbres étaient transformés en sérail, lieu de rencontres organisées ou fortuites, où l’on s’adonnait à de sodomies macabres, de fornications intempestives. Entre chèvres errantes et vagabonds saoulés aux ntibes qui y trouvaient refuge à la nuit tombée, s’introduisaient quelques gens de la haute sphère, et quelques billets de banque suffisaient à bâillonner les bouches rapporteuses. Seules les émanations des lampes-pétroles vinrent atténuer l’insoutenable remugle de luxures et de souillures. Le grand écriteau sur lequel on pouvait lire ceci : « Bienvenus chez le bienheureux » témoignait de ce qui restait des ambitions du navigateur du Pakebo.
23:43 Publié dans EXPRESSION DIRECTE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note







Commentaires
Merci, merci!!!! Quand est ce que le roman paraîtra? Quel est le titre du roman?
Y'a pas à dire j'aime beaucoup. Oú pourrais-je me procurer ce livre?
Ecrit par : iliki | 21 octobre 2006
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Ecrit par : rinkostfx | 12 octobre 2008
Il aurait ete souhaitable que ces livres soient accesibles a des gens qui comprendront ces critiques, en l espoir de pouvoir changer la mentalite.Malheureusement,vous vous donnez a coeur la peine d ecrire des choses aussi interressantes, mais qui restent sans valeur.Ne penses tu pas que ces histoires les concernes directes risques de se reconnaitre un jour ou l autre. En tout cas merci de votre vourage et comntinuez car les ecrits manquent dans la vie comorienne. A bon entendeur wo wa zona nwa zandzihe sha watsi zambe bahi. Que livre soit vendu aux Bled
Ecrit par : HASSANI | 01 février 2009
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