14 octobre 2006

VOEUX

la présentation des vœux est un rituel cyclique : période des vœux, comme d'une saison. Elle s'effectue dans l'écriture, sous la forme d'une «carte de vœux» ou dans la parole. Ainsi les hommes politiques et les chefs d'entreprise alignent-ils de multiples réceptions pour présenter leurs vœux au personnel, aux corps constitués ou à la presse.

La langue française fait formuler des vœux quand la grammaire grecque disposait d'un mode spécifique, l'optatif, expression directe du souhait : «puissiez-vous jouir de cette année nouvelle ! puissé-je vous rendre heureux !».

Ce rituel est d'un genre particulier puisqu'il ne consiste en général pas à souhaiter soi-même quelque chose pour quelqu'un mais à soutenir les vœux de l'autre. Aussi l'exercice est-il particulièrement alambiqué voire cynique dans la sphère politique, d'autant plus que le mot vœu vient directement du latin votare : dans son évolution sémantique buissonnante, il aboutit à la fois au vote et au vœu. Le lien est logique puisque, voter, c'est exprimer son désir de voir son candidat favori gagner une élection.

Les vœux sont presque toujours les bons ou les meilleurs, mais adjectif comme superlatif qualifient davantage le contenu des vœux que les vœux eux-mêmes.

Le caractère rituel des vœux conduit les émetteurs à faire preuve d'originalité dans la création graphique tandis que les discours restent plats, dans leur forme comme dans leur contenu. La cérémonie des vœux devrait être un événement, avènement d'une année nouvelle. Une belle qualité d'expression et des messages singuliers lui donneraient un tour sincère et marquant. Hors le cocktail et le rassemblement de femmes et d'hommes, les vœux restent lettre morte : les poncifs réduisent cet acte de communication qui exigerait du sens.

Point d'ex voto dans nos organisations trop souvent aseptisées car ces plaques ou tableaux témoignaient d'une reconnaissance sincère pour un vœu réalisé.

Peut-être retrouverait-on le sens profond des vœux s'ils s'étayaient sur la force des vœux formulés comme un engagement : faire un vœu, c'est faire une promesse comme le font encore les prêtres (chasteté, pauvreté, obéissance). Le dire serait alors épiphanie du faire. Puissent nos dirigeants pratiquer un optatif qui leur soit, en même temps, un impératif pour l'action !

Ecrire un commentaire